KDI Kink Dynamics Indicator
La Bibliothèque · 4 min · référence — cette page décrit des pratiques, pas toi

Sadique contre Masochiste : dans quel sens circule l'intensité ?

Ce que veulent vraiment dire les mots S et M en pratique consentie, leur fréquence respective, et pourquoi aucun des deux ne présage de qui détient le pouvoir.

Un axe, deux directions

Réduis une scène à sa mécanique de base, et l'une des variables, c'est le sens dans lequel circule l'intensité. Un sadique, au sens consensuel du terme, c'est quelqu'un pour qui infliger l'intensité — impact, contrainte, sensation, edge — constitue en soi la charge érotique. Un masochiste, c'est quelqu'un pour qui la charge est dans le fait de la recevoir. Ces mots décrivent seulement le sens du courant, rien de plus : ni cruauté, ni dégâts, ni pathologie, et — le contresens que cet article existe pour démonter — pas qui détient le pouvoir.

Le sadomasochisme consensuel est aussi beaucoup plus ordinaire que sa réputation ne le laisse penser. Les enquêtes en population générale relèvent des taux de fantasmes et de pratiques masochistes et sadiques qui rendent intenable l'étiquette de « paraphilie rare » — l'enquête provinciale de Joyal et Carpentier a montré qu'environ une personne sur cinq déclarait des fantasmes fétichistes ou sadomasochistes, une fraction non négligeable les ayant même mis en pratique.

La question de la pathologie, tranchée par les données

La vieille idée clinique — selon laquelle l'intérêt sadomasochiste signalerait un trouble ou un passé de violence — a été testée à de nombreuses reprises, et n'a pas tenu. L'étude de Wismeijer et van Assen, qui compare 902 pratiquants à un groupe témoin apparié, montre plutôt l'inverse : sur plusieurs mesures psychologiques, les pratiquants s'en sortent mieux (moins de névrosisme, plus de conscienciosité, un attachement plus sécure chez les dominants). L'échantillon national australien de Richters et ses collègues ne trouve, lui, aucun lien entre la pratique du BDSM et un passé de contrainte, ni avec une détresse psychologique. Les manuels diagnostiques actuels distinguent désormais explicitement le sadomasochisme consenti du sadisme en tant que trouble.

Rien de tout cela ne rend une scène donnée automatiquement sûre ou avisée : cela rend simplement l'intérêt lui-même banal. La sécurité, elle, se construit dans la négociation, l'ajustement et l'aftercare, comme partout ailleurs sur ce site.

S/M n'est pas D/s

Les quatre mots de départ — Dominant, soumis, sadique, masochiste — se ramènent si souvent à deux qu'on en vient à confondre les rôles : « les Dominants sont sadiques, les soumis sont masochistes ». À force, les configurations inversées surprennent même les joueurs les plus expérimentés. Pourtant l'observation montre que ces deux axes sont indépendants : la communauté compte de nombreux Dominants masochistes — qui décident précisément de la façon dont on les fait jouer, les configurations Maestro et Enclume sur la carte de ce site — ainsi que des soumis sadiques, qui délivrent l'intensité au service de l'autre, sur instruction : l'Instrument, l'Artisan.

L'étude empirique de Cross & Matheson arrivait à la même conclusion à partir de données d'enquête : l'échange de pouvoir et l'échange de douleur sont des motivations distinctes, qui peuvent coexister sans se réduire l'une à l'autre. C'est précisément pour cette raison que le KDI les mesure comme deux axes séparés — les confondre, et un quart de la carte disparaît.

Il existe aussi un entre-deux : une intensité qui circule dans les deux sens, selon le contexte ou le partenaire. Sur l'axe Sensation, c'est le palier Switch (X) — mesuré comme un résultat à part entière, parce que « les deux, et je le pense vraiment » est une réponse légitime.

Sources

  • Joyal, C. C., & Carpentier, J. (2017). The prevalence of paraphilic interests and behaviors in the general population: A provincial survey. Journal of Sex Research, 54(2).
  • Wismeijer, A. A. J., & van Assen, M. A. L. M. (2013). Psychological characteristics of BDSM practitioners. Journal of Sexual Medicine, 10(8).
  • Richters, J., de Visser, R. O., Rissel, C. E., Grulich, A. E., & Smith, A. M. A. (2008). Demographic and psychosocial features of participants in BDSM. Journal of Sexual Medicine, 5(7).
  • Cross, P. A., & Matheson, K. (2006). Understanding sadomasochism: An empirical examination of four perspectives. Journal of Homosexuality, 50(2–3).

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